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Par Michel Foucault

On entre dans les peintures de Bernard le Nen comme on entre dans une salle de spectacle. Le peintre impose dans ses toiles le silence et l’obscurité comme dans la salle pour que la représentation puisse avoir lieu. Spectateur avide d’ images rassurantes, passe ton chemin. Cette peinture n’est pas faite pour séduire ou amuser la galerie. Bernard le Nen nous invite à prendre place dans un curieux théâtre d’ombres, à lâcher prise et à quitter sa raison pour se laisser embarquer dans un étrange voyage au bout de la nuit. A cette condition seulement la magie pourra fonctionner. Tous les fantômes pourront apparaître.

Une ligne horizontale sert d’unique repère pour planter le décor. Les acteurs peuvent entrer en piste. Une figure hiératique solitaire s’installe sur le devant de la scène ou un duo de personnages semble défier les lois de la pesanteur en flottant dans l’espace beaucoup trop grand pour eux. Des êtres hybrides hésitent entre l’humain et l’animal. Parfois le végétal s’en mêle. Parfois différentes parties du corps ont du mal à s’ajuster ou manquent à l’appel. Il est difficile d’ échapper au regard de ces inquiétantes créatures qui nous scrutent avec leurs grands yeux écarquillés. Elles sollicitent notre complicité, notre compassion avec leurs grands regards tantôt rêveur, tantôt interrogateur. Toute cette galerie d’êtres désespérément seuls semble interroger le grand vide qui les entoure et la situation absurde dans laquelle ils se trouvent. Comme pour se rassurer, ils pressent entre leurs mains de dérisoires figurines blafardes pour leur tenir compagnie. Immense détresse.

Malgré la profonde mélancolie qui imprègne son œuvre, on devine la jubilation du dessinateur à faire proliférer son intrigant théâtre ainsi que son plaisir à parer ses créations graphiques d’une palette riche en couleurs raffinées et subtiles pour leur apporter densité et mystère. Chacun des personnages de cette machinerie onirique nous invite à nous confronter à nos peurs, nos angoisses, nos terreurs, nos craintes, nos fantasmes pour jouer au mieux son propre rôle dans le théâtre de la vie.

Michel Foucault .

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